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Du Mênil-Habert au Mesnil-St-Denis

Du Mênil-Habert au Mesnil-St-Denis par Olivier Fauveaud

 

Extrait de l’ouvrage d’Olivier Fauveau (édité par le syndicat d’initiative) relatant les détails de l’histoire de l’abbaye Notre-Dame de la Roche, des origines à nos jours.

Bien que  située  sur le territoire de la commune de Lévis-Saint-Nom, cette abbaye dont  le passé est si intimement lié  à  celui  de  notre paroisse  et  à celui  des  seigneurs Habert de  Montmor, mérite toute   notre  attention  et  ce  serait  une   grande lacune de  ne  point  en  parler.

Comme il se doit, la tradition populaire accorde une  origine merveilleuse à ce  monastère : sous les yeux  d’un berger,  un  taureau aurait découvert en ce lieu,  en  fouillant le  sol,  une  statue de  la Vierge, qui  fut  à l’origine d’un pèlerinage populaire. Pour abriter cette statue, le seigneur de Lévis aurait fait  construire une église et un  corps  de bâtiments pour loger les desservants de ce culte. Ainsi le veut la tradition  populaire parvenue jusqu’à nous. En fait, la réalité paraît bien  moins merveilleuse.

Gui Ier de Lévis qui se distingua dans la fameuse croisade  contre les Albigeois,  fonda  en  1195  un simple  ermitage en  faveur de  Guy  (ou  Guyon), curé de Maincourt, désireux de faire  retraite avec quelques amis, dans le but de fonder une nouvelle congrégation.

Cet ermitage prit  le nom  de Notre­ Dame  de La  Roche  (Beatae Mariae de Roscha), du mot  latin  ruscus qui  signifie  houx. Gui, seigneur de  Lévis,  entra dans   leurs   vues  et,  comme   ils voulaient mener une vie de solitaire, il leur donna en  terrain la valeur du labourage d’une charrue, quelques portions de dixmes et un certain canton de  bois.  Maurice de  Sully,  évêque de  Paris  qui reçut  ses donations, investit du tout  l’ancien curé de Maincourt en  l’an  1196.

Cette  société de  reclus,  que  l’évêque  qualifie dans  ses lettres « novella Plantation », choisit  sa résidence dans  le  bois,  d’où  vint   l’usage  de  les appeler « Frates de Nemore Guidonis ». C’est ainsi que les appelle Gui, seigneur de Lévis, dans  la nouvelle donation qu’il leur fit en 1201 par devant l’évêque Eudes de Sully, de « deux  muids de  bled dans  sa dixme  des Layes et de trois muids de vin dans les vignes  de Marly »,  d’un second labourage d’une charrue, contigu  à celui  qu’il  avait  donné précédemment, et de la grange  qui  y était  jointe. Comme  ils   étaient  établis  sur   la   paroisse de Saint-Nom  de  Lévis,  l’évêque  les  exempta du consentement du curé  de payer  la dixme « de nutrituris animalium  fuccum ».

 

Nous  ignorons ce qu’était  l’abbaye dans le premier quart du XIIIe siècle.

En  1226, les Solitaires de la Rosche (appelés  encore « du  Bois Guyon  ») entrèrent dans  l’obédience de l’abbaye parisienne de Saint-Victor et devinrent ainsi  des chanoines réguliers de l’ordre de Saint-Augustin. Il semble que  c’est  une  importante donation de Gui 1er de Lévis en 1232,  un  an  avant sa mort, qui est à l’origine de la construction des bâtiments conventuels qui  subsistent.

La charte de 1232 précise que la somme de 4 000 livres parisis  « ad faciendam  Ahhatiam  de  Roscha » sera employée « pour   construire l’abbaye de la Roche et y rassembler un  couvent de religieux » et  qu’elle est déposée  entre les mains de plusieurs parents et amis qui devront surveiller la construction des bâtiments; parmi ceux-ci figure  l’abbé du  tout proche monastère cistercien des Vaux-de-Cernay, mais également Amaury de Montfort et Alexandre  des Bordes. Il est donc  vraisemblable que les campagnes de construction ont  été dirigées ou, tout  au  moins, supervisées par Richard (†1235), puis par Saint Thibaud de Marly, abbé des Vaux-de-Cernay, dont  l’influence est indéniable. On se souvient  que  Saint-Thibaud, parent  des bienfaiteurs de Notre-Dame de La Roche, a également dirigé  la  construction de  Port-Royal­des-Champs, abbaye  cistercienne de femmes, et qu’à  cette  époque il fait élever le réfectoire, le dortoir et les celliers de sa  propre  abbaye.

Les principaux bienfaiteurs furent donc, outre les seigneurs de Lévis, Amaury de Montfort, qui peut être considéré comme le second fondateur, et les seigneurs de Neauphle, de Marly, de Poissy, Voisins et Chevreuse.

Revenons sur  Amaury de  Montfort. Il  donna vers l’an 1234 à cette nouvelle maison 160 arpents de terre et de prés dans un lieu-dit « Marecheria », qui pourrait être ce qu’on appelle  « les  Maréchaux» dans  le voisinage des Vaux-de-Cernay et de Senlisse  ou Dampierre. Amaury se sert de ces termes : « Abbati  en conventin de Roscha ordinis S. Victoris ».  Ce qui  fait  voir  que  cette  maison prit le nom  d’un petit hameau tout  voisin, situé  vers le vallon, qu’on nomme encore « la Roche ». Mais en même temps,  cela montre que la vraie dénomination latine n’est point« Rupes », d’autant plus que  la  nature du  terrain n’est  ni de roches, ni de rochers, mais de la plaine et de fort bons labourages.

Le milieu du  XIIIe siècle semble être la période la plus  prospère de l’abbaye, qui comptait douze chanoines  réguliers. C’est à cette date que se termine le  cartulaire (recueil  des différentes chartes du  monastère) dont une copie a été faite en 1862 et qui se compose  de 109 feuillets  d’une écriture reconnue être du XIIIe siècle. Il comporte 98 chartes qui  sont  en  latin,  à l’exception d’une seule en français. Une  note  autographe sur  le feuillet   tenant  autrefois à la couverture  dit : « Monsieur le comte du Fargis  lui-même  m’a remis ce livre cartulaire de mon abbaye, me disant l’avoir  trouvé dans un grenier de son château du Mesnil par hasard parmi un monceau de  papiers en désordre. Ce vendredi avant le dimanche de la Passion, l’an 1730. Abbé Chanut. » Selon  toute  vraisemblance, ce cartulaire, qui figurait au  répertoire impérial sous  Napoléon  III, est  toujours à la Bibliothèque nationale.

Dès la fin du XIVe siècle, le monastère fut atteint des maux qui frappèrent toutes les abbayes d’Occident : les guerres  et  le relâchement de  la discipline. On  pense  même que  l’abbaye a  pu servir  de  base  militaire (on y retrouva en 1739 des couleuvrines      « de fer et  de fonte  ».  Mais ce qui  va accélérer  la décadence et causer  la ruine presque totale  de l’abbaye, c’est la commende, et ce dès le XVe siècle. La commende était  la nomination d’un abbé  commendataire qui  touchait la plus grande partie des  revenus du monastère  (cette  commende existait depuis  la création du monastère, mais avait  été « retenue » au Moyen Age et ce n’est  qu’au XVIe siècle, qu’elle prend des proportions honteuses). Cet abbé  pouvait  être un ecclésiastique étranger à  la  vie régulière ou  même un  laïc sous condition qu’il ne soit pas marié (ex. Louis Habert de Montmor, âgé de onze  ans).

En 1414, l’abbé Jean  est connu par la vente qu’il fit des prés situés sur la rivière de l’Yvette, tenant à ceux de l’Abbaye de Saint-Denis, qu’on avait légué à sa maison. Il est peut-être le même que Jean de Dol nommé au nouveau Gallia Christiana.

Le  frère Pierre Le Coesne, prêtre, abbé de Notre-Dame de La Roche,  fut commis   dans   le synode de Paris, tenu au mois d’octobre 1456, pour recevoir  les fruits de la cure des Lais et administrer  les  sacrements aux paroissiens du Mesnil-saint-Denis qui n’avaient point  de  curé.

En 1473, l’abbé était un  nommé Antoine à qui Louis de Beaumont, évêque de Paris  adressa  des indulgences venues de Rome,  à l’occasion  des malheurs du temps. Le même Antoine, surnommé « de  Sancto  Aredio » permuta le 6 février 1478 avec Antoine « de Bonofonte », prieur du prieuré­cure du Voissy de l’ordre de saint Augustin, diocèse de Bourges.

En 1513, on voit que l’abbaye de Livry essaya de préposer un abbé à La Roche et d’y  mettre la réforme. C’est l’abbé Pierre de Bruges, homme de grande valeur, qui essaya de relever  le monastère de  ses ruines et d’y établir la règle monastique. Il fit de grosses dépenses  pour  réparer les bâtiments. La réforme  durera jusqu’en 1517, et il apparaît  que Pierre de Bruges n’avait pas continué d’y soutenir la  régularité.

L’évêque François Poncher dit dans l’acte  de sa visite du l3 juillet 1524 que cet abbé  commendataire était absent, qu’il n’y trouve que deux religieux, dont l’un était prêtre et que le service divin s’y affaiblissait. Il ajouta que le fermier rendait pour la ferme quatre muids et demi de grain.

En 1566, l’abbé qui y résidait était Louis de Boutillier, suivant un acte du doyen de Châteaufort. En 1572 l’abbaye était possédée par Jean de Versoris.

En 1586 puis en 1596, Louis Habert, seigneur du  Mesnil, acquiert une  grande partie des terres de Notre-Dame de La Roche (vendues pour payer les impôts au roi), l’abbé  commendataire étant alors un de ses neveux.

Dès lors et pendant plusieurs siècles, l’abbaye reste inféodée aux Habert de Montmor. Vont se succéder de 1576 à 1695,  comme abbés commendataires, Pierre Habert (1576-1595), Pierre Habert troisième fils de Louis Habert,  plus  tard  évêque de Cahors  (1595-1636),  Henri-Louis Habert de  Montmor, puis Germain Habert  son cousin, et enfin Louis Habert de Montmor, évêque  de  Perpignan, nommé en 1654 à la mort de Germain Habert et jusqu’en 1695,  date de sa mort. Le chapelain de cette époque passait d’ailleurs le plus clair de son temps au château du Mesnil.

Au XVIIe siècle (1623 environ), il n’y avait  plus de religieux et le culte était assuré par   un chapelain nommé par l’abbé commendataire.

En  1695,  le  premier abbé après ceux de la famille Habert de Montmor, Michel Humbert Chanut, mort en avril 1742, essaiera vainement de redonner une certaine prospérité à l’abbaye.

Le 1er décembre 1758, la desserte de la chapelle de l’abbaye de Notre-Dame de La Roche est unie au vicariat du Mesnil-Saint-Denis. Les curés de Lévis et du Mesnil  vont  se disputer l’abbaye qui est  le lieu de nombreux pèlerinages à la Vierge et aux reliques de  saint Blaise.

Le  24 février 1787, le domaine est confié à l’abbaye de Saint-Cyr;  il n’est plus que de 64 hectares environ. Le dernier fait à consigner avant la suppression du monastère en  1789  est l’inhumation dans la chapelle Saint-Blaise, en novembre 1788,  du chapelain Pierre Timoléon Noncher.

À la Révolution, les bâtiments monastiques et le mobilier furent vendus comme biens nationaux à un fermier de la région, en application des lois qui entraînèrent en quelques années l’anéantissement de tant de monuments de la France médiévale.

De 1232 à 1790, soit près de cinq siècles et demi, on aura compté vingt-quatre abbés à Notre-Dame de La Roche.

Le 12 juillet 1791 il est stipulé, par acte passé au district de Dourdan, que tous  les meubles et objets  affectés au culte tel que la statue de la Vierge et autres objets  analogues garnissant les autels et chapelles, ne seront pas compris dans la vente, mais  qu’ils demeureront expressément réservés au profit de l’église paroissiale de Lévis. De nombreuses protestations (acquéreur, chapelain,  habitants) entraîneront un retard  considérable dans l’exécution de cette convention, puisque ce n’est qu’après 1809 que  l’évêque de Versailles demande au préfet de Seine-et-Oise d’en faire opérer le transfert, ce qui a lieu le 20 mai au milieu d’une foule nombreuse. Celui qui proteste le plus est le dernier chapelain de l’abbaye, Maître Joseph Carré, forte personnalité. Il était nourri par l’acquéreur de l’abbaye, également propriétaire du château. En fait, ce n’est qu’après sa mort que la statue est transférée. Il est enterré au cimetière de  Lévis.

Le « fermier » acquéreur fait remplacer la statue par une autre, prétendant que l’original n’a pas été déplacé, car cela lui permet de continuer à tirer bénéfice des dévotions à cette statue, considérée comme miraculeuse.

En   septembre 1834, l’évêque de Versailles conseille au curé de Lévis d’abandonner ses prétentions sur le reste du mobilier et en particulier sur les stalles, ce qui met fin aux querelles.

Ce fut une  chance pour l’abbaye d’avoir été achetée par un  « fermier  » riche  qui a conservé tout le mobilier, y compris  stalles et statues, contrairement à l’abbaye des Vaux-de-Cernay qui fut pillée par des spéculateurs spécialisés que l’on a appelés « la  bande noire ».

Par ailleurs, on raconte qu’en 1793, des bandes de pillards ayant envahi la chapelle et se livrant à des dégradations, la statue de  Gui III serait tombée sur  l’un  d’eux,  ce qui  les aurait fait fuir.

 

Enfin, nous assistons, à la fin de la première moitié du  XIXe siècle, à la  renaissance du monastère, les descendants de la famille Lévis­ Mirepoix ayant racheté l’abbaye et ses domaines, fondée par leurs  ancêtres six siècles plus tôt.

La chapelle est rendue au  culte et redevient un caveau de famille. Pour assurer la  conservation de ces édifices et du caveau familial rétabli, la famille Mirepoix loue le domaine, le 11 novembre 1869,  pour quatre-vingt-dix-neuf ans à un prêtre du diocèse,  l’abbé Bon, fondateur de l’orphelinat départemental d’Elancourt.

 

Une école  d’horticulture y est créée : une trentaine d’enfants y apprennent le jardinage sous l’autorité maternelle de trois sœurs de Saint­ Vincent-de-Paul. Les débuts  sont  héroïques et la tâche surhumaine, mais l’année 1956 voit le couronnement de ces efforts, le ministère de l’Agriculture reconnaissant officiellement l’école.

 

Actuellement, l’abbaye et ses dépendances abritent le Centre Professionnel Horticole Notre­Dame de la Roche, établissement qui a succédé en 1965 à une école de  jardinage, annexe de la future Fondation Méquignon d’Élancourt.

 

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